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Malades imaginaires et escroquerie médicale

PARU DANS LE MAGAZINE CURIOUZ NUMÉRO 1

Nous sommes assez nombreux à nous croire malades au moindre prétexte, mais notre paranoïa d’hypocondriaques n’est rien à côté du cinéma des grands simulateurs de la mauvaise santé. Explications !

Les malades imaginaires se divisent en deux catégories. D’un côté il y a les hypocondriaques, et de l’autre ceux qui sont atteints du syndrome de Munchhausen. Les premiers sont des inquiets qui ont toujours peur d’être malades et qui vont consulter (harceler ?) le corps médical dans le but d’être rassurés. Les autres sont des simulateurs, atteints, plus ou moins profondément d’une maladie mentale assez grave, consistant à se faire passer pour malades alors qu’ils sont parfaitement conscients de ne pas être atteints par quelque mal que ce soit. L’histoire retient quelques cas, assez rares, de personnages qui ont oscillé entre les deux pathologies. A la fois hypocondriaques et syndrome de Munchhausen. Le pianiste Virtuose Glenn Gould fait partie de ceux-là… inquiet jusqu’à la névrose, bourré de troubles obsessionnels compulsifs
(manies le forçant à répéter sempiternellement les mêmes gestes ou actions inutiles), le musicien prodige avait une peur panique de la maladie et de la mort. Il répondait parfaitement au principe de paranoïa des hypocondriaques et affectait également de simuler des malaises divers et maladies rares, comme un patient atteint du syndrome de Munchhausen. Pour résumer, l’hypocondriaque est un paranoïaque qui craint la maladie et la personne atteinte du syndrome de Munchhausen est un simulateur, un escroc, en quelque sorte. Glenn Gould se manifestait dans les deux domaines… D’un côté, il prenait sa tension quotidiennement, plusieurs fois par jour, consultait des médecins et ne laissait presque personne le toucher (par peur de contamination), il portait des mitaines sur ces mains, été comme hiver, pour se protéger, et il simulait des malaises, ou des accidents. Il attaqua en justice un de ces fans, l’accusant de lui avoir causé une blessure… en lui serrant la main de façon trop énergique ! Il simula un malaise avec mort imminente après avoir cogné un peu trop fort un micro, lors d’un de ses enregistrements. Isolé et vivant reclus dans sa propriété canadienne, ne sortant qu’à l’occasion d’enregistrements, il finit par mourir d’un accident vasculaire cérébral à l’âge de 50 ans à peine. Triste fin pour ce pianiste de grand talent.

Dans la plupart des cas, les malades du syndrome de Munchhausen ne cherchent pas à tirer de bénéfice de leur maladie imaginaire, s’ils vont jusqu’à s’empoisonner eux même ou se mutiler pour améliorer leurs simulacres, ils agissent de la sorte essentiellement pour attirer attention et pitié à leur égard. Certains cas sont parfois plus compliqués, comme celui de Anne Marie Erdreich, une Allemande qui débarque en France à Strasbourg, en 1690. Cette femme va rapidement faire parler d’elle ! Atteinte comme sa sœur morte en Allemagne quelques temps plus tôt, d’une tumeur abdominale, Anne Marie présente une difformité aux proportions extrêmement impressionnantes. Son cas unique fait rapidement le tour de la ville, et c’est tout le corps médical qui commence à se presser autour d’elle. La nouvelle venue accepte de répondre aux questions les plus indiscrètes, mais refuse de se dévêtir intégralement et de se faire examiner, pour des raisons de pudeur tout à fait acceptables à l’époque (nous vous rappelons que nous sommes à la fin du 17ème siècle). Trop excités par ce cas « pathologique singulier » et trop inquiets de voir cette étrangère quitter la ville (et de perdre un sujet d’étude de tout premier ordre) les médecins font signer un contrat à cette étrangère difforme, pour qu’elle accepte de léguer son corps à la faculté de médecine de la ville, en échange de quoi, celle-ci s’engage à lui verser une pension lui permettant de subvenir à ses besoins jusqu’à la fin de ses jours. Les années passent et le profil de la malade allemande devient totalement pachydermique ! certains de tenir un cas totalement inédit de tumeur monstrueuse, les médecins multiplient les articles, hypothèses et effets d’annonce, au point de conférer une dimension internationale au cas d’Anne Marie Edreich, et d’agacer un certain nombre de confrères européens… Aucun examen réel n’ayant été vraiment pratiqué ! L’attente des médecins va durer plus de trente cinq ans. Le 24 février 1728, Anne Marie mourra (à l’âge de soixante ans, environ) et les médecins se précipiteront à son chevet pour la déshabiller en toute hâte et découvrir… un faux ventre constitué d’une dizaine de kilos de vieux chiffons moisis que l’escroque avait trimballé à même le corps toute sa vie durant ! Le scandale qui suivit cette mésaventure fit grand bruit, et la faculté de médecine de Strasbourg dut faire face à une avalanche de moqueries parvenant de tous les coins de l’Europe ! De nombreuses caricatures furent publiées pour fustiger leur crédulité et leur incompétence. Une malade imaginaire, des médecins ineptes, voilà une histoire qui aurait bien plu à Molière, mais en 1728, le grand dramaturge était déjà mort, depuis 55 ans.

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  • parActionScheduler
    Posted 27 août 2019 9h28 0Likes

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  • parActionScheduler
    Posted 27 août 2019 9h31 0Likes

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  • parActionScheduler
    Posted 27 août 2019 9h31 0Likes

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