Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Noël, l’incontournable !

Incontournable, immuable conclusion de l’année heureuse ou difficile qui s’achève, la nuit de Noël apparaÎT à l’horizon de la fin décembre, comme un nocturne et colossal espoir. Clef de voûte qui signe le bilan avant l’arrivée de l’aube d’un nouvel an, Noël rassemble les familles, ceux qui s’aiment, et une ribambelle de bambins acharnés à déchirer le papier multicolore des cadeaux éparpillés au pied du sapin. Telle est la règle, et la légende accomplie, pour près de trois milliards d’êtres humains sur cette terre. Voyons tout ça de plus près…

Sans chercher à trop entrer dans le détail de l’Histoire de la plus célèbre fête de l’humanité, on peut situer son origine vers la fin du 4ème siècle de notre aire sous le pontificat de l’évêque Libère, elle sera ensuite officialisée comme troisième fête catholique obligatoire (après Pâques et la Pentecôte, plus anciennes) lors du concile d’Agde, en 506. Le jour de Noël est, enfin, décrété « férié » par l’empereur Justinien (le brave homme !) en 529. Évoluant au fil des siècles, cette fête religieuse est proclamée jour de la Trêve de Dieu aux alentours de l’an mil. Pour observer une fête de Noël ressemblant à peu près à celle que nous connaissons aujourd’hui, il faut attendre le 16ème siècle, qui verra l’apparition des premiers arbres décorés (de pommes, de fleurs séchées et de rubans) dont on retrouve la trace, en 1510, dans le bassin Rhénan et des premières crèches représentatives sous forme de statuettes, dans les familles de l’aristocratie italienne quelques décennies plus tard. Les santons de Provence font leur apparition au dix-huitième siècle, à peu près en même temps que les boules décoratives pour les sapins.
Pour la suite, et pour l’essentiel, la fête de Noël, immuablement couplée avec la messe de minuit (qui ne rassemble plus guère aujourd’hui que 18 % des français) n’a cessé de se perpétuer, années après années, dans le respect des traditions… Il est assez singulier, et vertigineux, de constater par exemple, qu’il est de bon ton d’y consommer une oie engraissée (ou du foie gras) depuis la fin du… dixième siècle !
Cette dimension traditionnelle est très importante, noël est une fête de traditions plus que toute autre. On constate assez peu de nouveautés ou d’originalités : rarissimes sont les crèches modernes, peu nombreux sont les repas originaux qui s’écarteraient de l’incontournable quatuor : foie gras, huîtres, dinde farcie, saumon fumé. Sans compter la fameuse bûche au chocolat, censée incarner l’antique bûche de bois, soigneusement choisie pour tenir le feu tout au long de la veillée. A l’image de ce que proposent les innombrables marchés de Noël, avec leurs petits chalets : produits régionaux, décorations « à l’ancienne », boules pour sapin « artisanales » en verre soufflé, cristal ou porcelaine, santons de Provence, petits gâteaux alsaciens, copies de jouets en bois ou en fer blanc inspirés des années 50… Au-delà de quelques gadgets et camelotes (comme on en trouve dans toute foire) dès qu’un objet est un peu coûteux ou « de qualité », sur les marchés de Noël, il semble être condamné à « embaumer la tradition » ou à sembler rescapé du dix-neuvième siècle. C’est ainsi ! Même le Père Noël, si l’on excepte quelques représentations « comiques » d’automates qui se dandinent, est statufié dans une représentation empesée de tradition. Et pourtant, ce curieux personnage est beaucoup plus récent qu’il n’y paraît. Accédant lentement à la notoriété dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle (on trouve une première mention de son existence en France, sous la plume de Georges Sand en 1855), ce patriarche bienveillant est un avatar particulièrement composite issu du croisement de divers personnages païens et de Saint Nicolas. Mais, observez-le bien. Qu’a-t-il conservé du Saint dont il dérive ? Rien, ou presque. Porte-t-il une croix, un quelconque signe d’appartenance à la religion chrétienne ? Non. Rien dans son costume n’indique une quelconque appartenance religieuse. Œcuménique et aérien, Il circule sur un traîneau volant, inspiré de légendes anglo-saxonnes, tiré par des rênes du grand nord… Autour de lui, dans son antre troglodyte, s’affairent des lutins, héritiers contrariés de légendes panthéistes ou de l’univers wagnérien de la légende de l’Or du Rhin. Rien à voir avec la scène de la nativité et ses rois mages. Déconnecté du fait religieux, le père Noël est un allié ressemblant à un « mauvais paroissien ». Mal aimé par les chrétiens traditionnalistes, jusqu’au milieu des années 1950, qui voient en lui un personnage gadget, profane et irrespectueux, le père noël va pourtant s’imposer, lourdement. Pour s’en convaincre il faut bien appréhender l’incroyable retournement de situation opéré en une trentaine d’années. Dans la France des années 50, donc, il était « toléré » comme un personnage sympathique et amusant pour les enfants, et avait, en quelque sorte un statut d’amuseur subalterne. Trente ans plus tard, en 1982, quand la troupe du Splendid lance la promotion de son fameux film Le Père Noël Est Une Ordure, c’est le scandale ! Le titre choque une bonne partie des Français, de nombreuses voix s’élèvent contre ces « saltimbanques » qui ne respectent pas la tradition, insultent le Père Noël, comme s’il s’agissait là d’un acte blasphématoire. Certains exploitants de cinéma vont caviarder l’affiche du film ou y ajouter une mention « film comique » pour amoindrir le message. Plus fort encore, la très officielle RATP boycotte le film et refuse son affichage dans le métro ! Presque paria en 1950, et protégé comme un Saint Baptisé en 1982, voilà une bien stupéfiante évolution, les amis ! Devenu indispensable, le vieux monsieur en rouge va engendrer deux phénomènes apparemment contradictoires et pourtant complémentaires : il va à la fois étendre considérablement la notoriété et l’influence de la fête Noël au dehors de l’espace chrétien, et amoindrir la dimension religieuse de cette fête. Un double effet opéré sous le « saint patronage » du business ! Car c’est bien de business dont il s’agit ici. Les commerçants ne s’y sont pas trompés, le père Noël, c’est l’aubaine du monde des affaires, le plus formidable allié de la croissance des ventes, un superman à la solde du chiffre d’affaires ! Pas étonnant qu’il ait été bichonné par les publicitaires et autres apôtres du commerce. Définitivement figé dans son look de grand père débonnaire et bedonnant, son costume rouge et blanc, notamment à cause des dessinateurs de publicité (Waterman en France dans les années 10 et Coca Cola aux States dans les années 30…), il survole la fête de Noël en insufflant l’idée de grand père bienveillant avec sa hotte chargée de jouets pour les enfants sages, et plus largement, de cadeaux ! Le père Noël est devenu synonyme de cadeaux, de générosité et d’opulence. Avec un allié aussi puissant, la fête de la nativité a pu, au cours du XXème siècle, étendre son influence dans des proportions hallucinantes, supplantant la fête de Pâques traditionnellement plus importante chez les chrétiens, mais en perdant dans la bataille une part de sa signification originelle, une véritable chute ascensionnelle ! Aujourd’hui, Noël est devenue une fête commerciale qui permet d’écouler plus de 52 % de l’ensemble de la production mondiale des jeux et jouets en l’espace des seuls mois de novembre et décembre ! Les préparatifs à cette fête occupent plus de trois milliards d’individus, tendus comme des sentinelles actives, avec en point de mire la date du 24 décembre. Fin novembre, la machine infernale s’ébranle, pareille à une armée, et gare à ceux qui n’ont pas soigné leur logistique, car on n’est pas là pour « bricoler » : la ville de Strasbourg, auto proclamée capitale de Noël, en raison de son marché de Noël plusieurs fois centenaire (depuis le début du 16ème siècle) engrange plus de 250 millions d’euros chaque année, grâce aux deux millions de visiteurs, venus s’imprégner de tradition et de douceurs. Rien qu’en France, ce sont, chaque MINUTE (!)… 850 kilos de chocolat, 300 kilos d’huîtres, 150 sapins et presque 60 000 € de chiffre d’affaires au rayon jouets et « marché de Noël » confondus ! Chaque minute, sans arrêt jusqu’au jour du réveillon que 60 % des Français considèrent avant tout Noël comme l’occasion d’une réunion familiale… mais que 18 % appréhendent en ayant peur de ne pas avoir assez d’argent pour que la fête soit à la hauteur de leurs espérances.Quoi qu’il en soit, un français sur deux (53 % pour être précis) déclare ressentir un certain stress à l’approche du 24 décembre. C’est une fête obligatoire, il semble définitivement interdit de « se louper », pour le soir du réveillon ! C’est aussi le moment d’intense solitude pour presque 10 % de la population : solitaires, sans abris, personnes âgées isolées… Pour tous ceux-là, la veillée de Noël sonne le rappel lancinant de leur dénuement. Passée l’agitation intense des achats, à l’heure de la fermeture des magasins, les rues se vident, chacun rentre chez soi retrouver les siens et l’espace public est déserté au point qu’on pourrait croire, en traversant notre pays, à une gigantesque « opération ville morte ». Depuis 2005, la fondation de France organise chaque année, dans plus de 150 lieux, ses « réveillons de la solidarité » qui permettent à des milliers de sans abris d’être accueillis le temps d’un « repas de fête ». Les Petits Frères des Pauvres, quant à eux, proposent leur aide à de nombreuses personnes âgées, isolées, en organisant des repas collectifs ainsi que des visites individuelles avec distribution de petits cadeaux. Cette action solidaire a permis en 2018 de soulager la solitude de 17 000 personnes.
Curieux phénomène : au moment du réveillon, alors que toutes les familles se retrouvent autour de la table, Père Noël semble avoir déserté l’espace public. À cet instant, c’est à des milliers de kilomètres qu’il continue son infatigable périple.
Loin des rues enneigées de France, il apparaît en Chine où il est même possible de le croiser en dehors du mois de décembre, de façon assez incongrue, dans les grands magasins où il indique qu’il va y avoir des réductions, des cadeaux ! Sans son traîneau, mais à moto au Viet Nam, dans les rues de Hanoï, où Noël est célébrée en dehors de toute connotation religieuse, avec de nombreux spectacles musicaux et des restaurants bondés de monde, venu faire la fête. Les enfants attendent le père noël motard avec impatience et la capitale Vietnamienne accueille même un marché de noël « traditionnel et germanique ». En Inde, le jour de Noël est officiellement férié, et c’est une grande fête de partage qui se déroule dans un esprit bouddhiste, avec échanges de cadeaux, en familles ou entre amis. Pas de sapin, mais de magnifiques étoiles accrochées aux arbres souhaitent à tous un joyeux Noël ! Au Japon le soir du 24 décembre ressemble un peu à la fête des amoureux, c’est le moment idéal pour inviter sa fiancée au restaurant, dans une ambiance à mi-chemin entre la St valentin et le réveillon du nouvel an ! Avec ces intentions « mercantiles », et son look improbable, le père Noël, super héros des cadeaux a été, paradoxalement, un fantastique ambassadeur laïc des valeurs véhiculées par cette grande fête religieuse dont il a parasité l’existence ! Un moment privilégié, au-delà de la croyance chrétienne et de la célébration de la naissance de Jésus de Nazareth, une trêve ! Comme celle prononcée il y a dix siècles, dans une France moyenâgeuse et belliqueuse, un esprit d’apaisement qui, quelle que soit la confession de chacun, nous feraient reprendre, tous en cœur, comme une maxime universelle, la célèbre phrase de Saint Luc : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » ! Joyeux Noël à tous.

Ça vous a plu ? Et si vous vous abonniez ? CURIOUZ.FR
Afficher les commentairesCommentaires fermés

Laisser un commentaire